Samedi 17 avril 6 17 /04 /Avr 13:04

 

 

La violence à l’école : à qui la faute ?

 

En soi, la violence scolaire n’est pas nouvelle. Certaines de ses  formes, les extrémités auxquelles elle aboutit parfois aujourd’hui, si. Au point qu’il ne se passe pas une semaine sans que, médiatisation aidant, elle ne revienne sur le devant de la scène. Au point aussi d’amener le gouvernement à programmer  la tenue d’Etats généraux dans l’urgence.

Mais avant même de chercher quels remèdes lui apporter, il convient d’abord d’en cerner l’origine. La violence scolaire est-elle exogène, c'est-à-dire produite par la société et importée dans l’école, ou endogène, c’est-à dire engendrée par l’école elle-même ?

La solution de facilité voudrait, pour les praticiens de l’école que nous sommes de rejeter la responsabilité de la violence scolaire sur l’extérieur et d’en dédouaner l’institution que nous servons. Mais la réalité est sans doute beaucoup plus complexe et la réponse  loin d’être aussi tranchée.

 

Première composante de l’alternative, une violence exogène, importée de l’extérieur, faisant irruption dans l’établissement scolaire. Ce serait  la société, qui, par ses manquements, ses errements, ses dérives diverses et variées serait responsable de la violence que nos établissements scolaires vivent au quotidien : incivilités, agressions verbales ou physiques, dégradations, sentiment d’insécurité… et engendrerait le développement d’une attitude irrespectueuse envers les personnes comme envers les biens. Et l’école n’en serait que la victime, le lieu d’expression de ce mal être, comme un miroir grossissant des réalités sociales du quartier dans lequel elle est installée, des populations qu’elle scolarise, de la société dont elle est partie prenante. Les jeunes souvent extérieurs à l’établissement prendraient désormais la cour de récréation pour un ring et les têtes des élèves, bien pleines, à défaut d’être bien faites, pour un punching-ball.

 

Deuxième terme de l’alternative à envisager, une violence endogène, produite par l’institution elle-même. Les causes en seraient multiples, et selon le bord sur lequel on se place, diamétralement opposées. Insuffisamment dotée en moyens humains pour les uns, trop (quelle gabegie !) pour les autres, tombant dans le pédagogisme ou au contraire dans  l’archaïsme transmissif, trop permissive pour les tenants d’une certaine  orthodoxie scolaire ou à l’inverse érigeant l’interdit au détriment de la concertation et du dialogue en mode de gouvernance, ayant confondu démocratisation et massification et orientant trop souvent ses élèves par défaut, l’école serait totalement inadaptée dans ses modes de fonctionnement aux publics qu’elle accueille et engendrerait elle-même la violence dont elle se plaint.

Alors,  violence scolaire, fruit de la  violence sociétale, faisant irruption dans une école que l’on souhaiterait sanctuarisée ou violence endogène, largement produite par l’école elle-même ?

 

Il est indéniable que l’Ecole ne vit pas en dehors ou hors du monde qui l’entoure. Et tout aussi indéniable  que, micro-société, elle ne peut échapper à une violence qui tend à se banaliser au point que l’Unesco a fait de la « promotion d’une culture de paix » l’un de ses chevaux de bataille pour la décennie 2001-2010.

Plusieurs facteurs externes ou environnementaux viennent alimenter ou sous-tendent cette violence patente que vit l’Ecole au quotidien. Au premier rang d’entre eux, les conditions socio-économiques stressantes que vivent nombre de personnes, débouchant parfois sur une véritable exclusion sociale, constituent très certainement un terreau propice au développement de la violence à l’Ecole.  Le développement d'une économie parallèle (drogue) très visible dans les cités mais aussi dans les centres villes populaires, côtoyant une économie "ordinaire très sélective (selon l'origine sociale et ethnique) et qui en sape l'attrait finit parfois par lasser même les plus motivés. L’école incapable de leur assurer la réussite sociale devient alors « l’ennemi à abattre ».

En parallèle, des décennies de politique urbaine, conduisant à une véritable ghettoïsation de certains espaces, ont souvent largement contribué à la marginalisation de ces populations et au renforcement de l’exclusion ou du repli communautaire et de la violence. Pour reprendre E. Debardieux, « La violence est déterminée socialement. Plus le public est défavorisé, plus il est confronté au problème du chômage, plus il vit l'exclusion, plus les trois déterminants de la violence scolaire (violence pénale, incivilités, sentiment d'insécurité) sont forts »[1].

Mais la violence scolaire est partout, et pas seulement là où on voudrait la cantonner sous couvert de marginalisation sociale. Les « beaux quartiers » pas plus que les petites écoles de campagne ou les écoles privées n’y échappent.  La réalité socio-économique ne peut donc être considérée comme la seule responsable de cette violence grandissante qui touche de plus en plus une école que l’on imaginerait volontiers sanctuarisée.

Des facteurs sociétaux, manque de communication dans une société de plus en plus individualiste, ou  familiaux, doivent aussi être pris en compte. L’éclatement des structures familiales, des parents démissionnaires ou simplement dépassés par les missions qui leur incombent, face à des jeunes en perte de repères lorsqu’ils ne sont pas tout simplement sans repère, sont autant de garde-fous qui n’existent plus, de rappels à la loi qui ne se font plus, de transmetteurs de règles qui s’évanouissent. Très certainement aussi, à l’interface de l’école et de la société, l'évacuation de notre enseignement du  côté manuel et technique, sauf en lycée professionnel considéré bien souvent comme une voie de garage, et son infériorisation dans la société ont contribué à dévaloriser l'image des "pères" car la société a subi dans le même temps que l’école développait la massification une mutation importante du secteur secondaire au secteur tertiaire, contribuant à saper leur autorité, et l'impact de la transmission de leur culture.

Enfin, l’influence des médias, notamment TV et internet, ne doit sans doute pas être sous-estimée. Par le contact quotidien avec la violence d’images livrées de plus en plus à l’état brut (actualités ou fictions), des jeunes fragiles ou désorientés se retrouvent à confondre virtuel et réel.

 

Loin d’être exhaustif, ce rapide panorama montre bien à quel point la société dans laquelle s’insère l’école est elle même génératrice d’une violence qui va se manifester à l’intérieur de l’enceinte scolaire comme elle le fait aussi hors ses murs. Les agressions physiques ou verbales, les menaces, les actes d’incivilité dont se plaint l’école et ses usagers ne sont que le pendant de ce qui se passe quotidiennement à l’extérieur.

 

Mais si le déterminisme social ne peut être nié, il parait pour le moins inconvenant de le surestimer. On ne peut réfuter, sauf à être aveugle ou malhonnête, que l’école porte une part de responsabilité dans le climat de violence qu’elle vit au quotidien, et qu’elle est, elle-même, souvent à son insu, génératrice de violence. Aux différentes échelles, de la classe à l’institution, on peut ainsi répertorier des facteurs propices, ou considérés comme tels, au développement de la violence scolaire. 

 

Au niveau de la classe, l'approche encore trop souvent dominante fondée sur le cours magistral, sur le face à face bien plus que sur le côte à côte, sur le transmissif au détriment de l’interactif, la portion congrue faite à la différenciation dans les pratiques pédagogiques et à l'individualisation des apprentissages ne peuvent que faire ressentir la réalité scolaire comme éminemment violente par  tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule de l’élève formaté et les poussent à rejeter, de manière plus ou moins violente, plus ou moins irrespectueuse, un modèle d’école qui ne leur convient pas et auquel tous n'ont pas la même facilité à se plier. Une des très grosses violences de l'école est aussi sans aucun doute celle de  l'apprentissage de la soumission du corps. Ne pas bouger, écouter.

 

Au niveau de l’établissement, l’absence de sens donné aux règles de vie, aux exigences imposées est sans nul doute un catalyseur de violence. Comment respecter une institution, une instance, comment appliquer un règlement (intérieur) que l’on ne connaît pas, que l’on ne comprend pas, que l’on ne partage pas, parce qu’il est souvent uniquement composé d’interdits, parce qu’il a été imposé « d’en haut », parce qu’il a été rédigé sans concertation ?

Dans la même logique le manque de lisibilité ou de cohésion des projets ou des équipes éducatives, voire trop souvent leur absence (même si des progrès notables ont été faits, trop de projets d’établissement ou d’école demeurent encore, plus de 20 ans après leur officialisation, des « coquilles » vides) peut apparaître comme un facteur de violence. On sait que le travail en équipe, au sein d’équipes soudées et restant plusieurs années à travailler ensemble, est indéniablement un gage contre la violence.

Au niveau de l’Institution enfin, le manque chronique, voire  la diminution drastique, des moyens éducatifs adaptés à la réalité du terrain scolaire, assistants d’éducation, personnels sociaux et de santé, enseignants est régulièrement, et par tous, pointé du doigt comme LA cause de la recrudescence de la violence à l’intérieur de l’enceinte scolaire. Inversement, une présence pléthorique  serait le premier vecteur de prévention. On ne peut en effet nier que des élèves pris en charge lors de leur présence à l’école, accompagnés et écoutés dans leurs demandes et leurs attentes, sont autant de risque de voir des conflits ne pas s’aggraver ou des situations de crises se régler avant qu’elles ne dégénèrent en règlement de comptes. Mais il est utopique de voir dans  l’augmentation des ressources humaines la solution miracle pour mettre fin à la violence scolaire. Il suffit pour s’en convaincre de constater les différences entre établissements aux caractéristiques pourtant similaires. Tel établissement pourtant chichement doté en personnel est considéré comme peu violent ; tel autre affiche des taux de signalement sur le logiciel de signalement SIVIS exorbitants.

Plus largement une école qui ne remplit plus sa mission première, éduquer et former des jeunes pour leur permettre de s’insérer dans la société, en ne leur offrant pas les enseignements ou les formations qu’ils souhaitent, en ne répondant pas à leurs attentes, en jouant un rôle de sélectionneur  plutôt que d’entraineur, en les orientant par l’échec, en laissant chaque année sur le bord du chemin des dizaines de milliers de jeunes sans diplômes ni qualification, est génératrice de violence parce qu’elle se comporte elle-même de manière violente.

 

 

Alors, violence scolaire, à qui la faute ? A l’Ecole pour ne pas remplir correctement sa mission d’éducation face à des jeunes de plus en plus différents ? A la société pour ne pas savoir les  intégrer et leur offrir l’avenir auquel ils sont en droit d’aspirer ?

Au final, peu importe à qui incombe les responsabilités, dont on a vu très rapidement qu’elles sont forcément partagées.

Plus important est sans aucun doute de faire en sorte que l’Ecole, comme la société dans son ensemble retrouve sérénité et raison d’être. Puissent les futurs « Etats généraux sur la violence à l’école » répondre à ce défi.

 

Par spartacus
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